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samedi 30 janvier 2010

Man Ray : le dilettantisme au travail

Maîtriser une solarisation à l’époque où Photoshop n’était même pas un fantasme dans la tête d’un informaticien revenait à vouloir mélanger hasard et précision. Certains y parvenaient et peu utilisait cette technique avec autant de créativité que Man Ray.

Le sentiment que j’ai ressenti lorsque j’ai feuilleté pour la première fois les photos de Man Ray est certainement une liberté immense. Comment sortir du cadrage précis, du liseré noir et de l’instant décisif ? La solution était là devant moi : la photographie n’est pas faite pour reproduire le réel. La seule limite à notre créativité est ce que notre cerveau est capable d’inventer. Le reste n’est qu’une question de technique. Il n’y a pas de règle, pas d’interdit, simplement le plaisir de jouer.

Le numérique est venu bousculer ce mélange de hasard et de précision. Il nous donne la possibilité de tout contrôler, tout modifier, d’intervenir partout. On y perd souvent le plaisir de jouer. Pas étonnant qu’un simple boitier comme Holga fascine autant. Au-delà de tout effet de mode on y retrouve le plaisir simple d’une boite qui enregistre une image. Le même plaisir que celui de regarder une image apparaître dans le révélateur.

Il manque un bouton à tous les menus déroulants de Photoshop : un bouton « Man Ray» qui laisserait un peu de hasard, un peu de vie entrer entre les pixels souvent bien trop froid.

Petite question : qui reconnaîtra la femme que Man Ray a photographiée ? Avouez que c’est facile !!!

jeudi 3 décembre 2009

Irvin Penn : Marcel Duchamp

On n’y peut rien, nous sommes plus ou moins touchés par les photographies que croise notre regard. Toucher est même un mot un peu léger tellement certaines photos peuvent nous hanter. Les portraits de Marc Trivier, Richard Avedon et Irvin Penn font partie de celles-là. Pour moi en tout cas …

Le portrait le plus connu d’Irvin Penn est certainement celui de Picasso. La diagonale, les ombres, la netteté de l’œil… Le décrire ne peut traduire la sensation d’être scruté par le peintre que l’on ressent en regardant cette photo.

Lorsque j’ai vu la pipe, forcément surréaliste, de Marcel Duchamp j’ai su que je ferai un jour des portraits. J’ai réellement compris à ce moment là qu’une image même sérieuse n’est qu’un jeu, une illusion. Seules comptent la rencontre et l’envie de coincer quelqu’un entre deux murs et de lui dire « regarde-moi ». Cette personne et le photographe sont alors obligés de se voir. Ni l’un ni l’autre ne peut s’échapper et de cette confrontation surgira peut-être une image.
Tout portrait est une confrontation, aussi douce soit elle.

« Mon livre » ressemble de plus en plus à une nécrologie. Encore un photographe que je ne rencontrerai pas, encore un regret. Tchao l’artiste !

dimanche 22 novembre 2009

Marc Trivier : Samuel Beckett

Parler de l’œuvre d’un photographe est un peu illusoire dans l’espace donné par un article de blog. Et comme je sais que Marc ne supporterait pas les imprécisions je préfère ne pas tenter, même par jeu.

Peut-être lancer une piste de lecture qui fait que je regarde avec plaisir depuis des années ces photographies : trouver, tisser, inventer les liens entre les portraits d’artistes, les portraits de détenus et les carcasses de bestiaux.

Marc avait avec lui en permanence ces photographies, dans un sac en cuir noir. Ajouter une nouvelle photo a fini par vouloir dire en enlever une. Alors il fallait choisir, ne pas se répéter, affiner le regard. Jusqu’au jour où cet entonnoir ne laisse plus passer d’images, alors l’heure de poser l’appareil photo à sonner.

Chaque portrait est une aventure et je crois me souvenir que Samuel Beckett refusait de poser pour Marc Trivier. Celui-ci réitérait ces demandes jusqu'au jour où Beckett lui a répondu "fais la ta photo". Une seule séance, quelques photos ...

La photographie s’apparente à une « rage de dent qu’il faut arracher ». Je retrouve dans cette image de Marc l’urgence, la nécessité inexplicable, l’élan qui nous fait partir. Avec cet humour qui dans le même temps nous demande si tout cela n’est pas qu’une illusion. Car cela se joue ailleurs, « la vie est ailleurs » disait Kundera ...

Je sens cependant la rage de dents venir …

feuilletez les pages de Mon Livre

dimanche 18 octobre 2009

... Willy Ronis, nu provencal

Me revoilà !!! Je passe sous silence les soucis informatiques, cela n’intéresse personne.

Effectivement, quelques un l’ont reconnu, je vous parlais bien du « nu provençal ».
Ce n'est pas forcément à cette photo que je pense lorsque j'entends le nom de Willy Ronis. Mais pour ma photo mystère il fallait une photo connue !

Dans l'un de ces livres Ronis place cette photo dans la catégorie "hasard". « Double hasard » dit-il. Hasard de l’évènement qui se produit et hasard de la présence du photographe.

Que ce soient ceux qui font tourner leur appareil au dessus de la tête, ceux qui allument la lumière en plein développement, ceux qui font assoir les gens devant eux sans savoir se qu’ils veulent comme image, même quand ils n’en ont pas conscience, tous les photographes sont confrontés à ce hasard.

Le vrai problème est la disponibilité ! je ne parle pas d’avoir en permanence l’appareil autour du coup, tous les photographes ont un appareil pas très loin de la main. Je parle de la capacité à capturer ce que produit le hasard, la capacité à quitter l’idée première pour saisir l’opportunité.

Devenir photographe, en dehors de savoir quel type de photographie nous voulons faire, se résume à cela : quelle est notre capacité à saisir l’opportunité ! Car je suis assez d’accord avec Willy Ronis : « Le hasard, ça se mérite ! »

vendredi 25 septembre 2009

Mon livre : ...

Je ne peux pas retoucher de photos mais j'ai envie d'ajouter une page à mon livre tout de même.
Le fait que je ne puisse pas vous montrer d'images me va cependant très bien, j'étais embété pour en choisir une de ce photographe. Mais même si je ne vous la montre pas tout de suite, je suis sûr qu'il y aura bien quelqu'un qui trouvera de laquelle je parle. Si vous avez une idée laissez moi un petit message ...

J'ai eu la chance de le rencontrer il y a quelques années. "Ce n'est pas la technique qui fait la photo, c'est le photographe". Ce n'était pas la première fois que j'entendais cela mais de sa part cela prenait un sens plus grand, plus profond, plus humain.
Il a la fabuleuse capacité de faire des photographies intemporelles à partir de son quotidien, faisant mentir ceux qui essaient de nous faire croire qu'il faut être dépaysé pour faire des photos.
Ce nu fera le tour du monde. Je vous le décrire de mémoire: une femme nue de dos, en contre jour, une chaise au premier plan, une fenêtre ouverte, un volet de bois, de grandes dalles de pierre et un miroir il me semble.

Cette image est en moi, je ne sais pas pourquoi. Certaines images sont en nous et nous accompagnent longtemps, toujours peut-être. Et quand les auteurs de ses images disparaissent on a une drôle de sensation. Non pas celle de perdre un ami, mais celle de savoir que le monde est un peu moins beau maintenant.

Tchao l'artiste ...

vendredi 28 août 2009

Mon Livre : Ueda Shoji

Je vous présente le "poète de l'image", Ueda Shoji.
Je me suis dis qu'un peu de poésie ne vous ferait pas de mal.
Prenez votre famille, une dune et vous pouvez réaliser les photos les plus poétiques de la photographie japonaise.

Dépouillement, mise en scène, un ou deux éléments parfois pour brouiller la vision de la perspective. Seul l’horizon vient partager l’espace en deux.
Les personnes et les éléments sont disposés sur ce décor uniquement constitué du ciel.

vendredi 31 juillet 2009

Edouart Boubat : l'homme au bord de la mer

Les photographies d'Edouart Boubat font parties de celles que je ne citent jamais en premier. Et pourtant elles sont toujours là, prêtes à resurgir dès que la vie semble ralentir un peu.

Prevert disait de lui qu'il était un "correspondant de paix".

Baroudeur du monde mais toujours loin des champs de guerre, il traque la vie ...
Cette image concentre en une ce que j'aime retrouver chez lui : le voyage, la lumière, l'amour ...


Boubat raconte qu'il a fait cette photo en 1956. C'est sa première photo au portugal et cette homme semblait l'attendre. Certaines photos sont des rencontres, des évidences et ces instants là se font attendre souvent très très longtemps.


Apprenez aussi à regarder la dernière photo de vos pellicules, celle qu'on fait souvent sans trop réfléchir juste pour finir la pelloche ... La photo de l'arbre et de la poule est une de ces dernières photos.

Quand je pense que si son appareil avait été numérique cette image n'existerait certainement pas ... "Dans la photo il y a toujours trop de choses, sauf quand elle est réussie" disait il. Un arbre et une poule ... cela semble de nouveau si simple ...



Venez feuilleter les pages de mon livre.

vendredi 24 juillet 2009

Robert Franck : "Les Américains"

J'ai déjà écrit quelque part que sur ce blog que nous étions quelques un a avoir le goût de l'errance. Un peu comme si nous avions besoin de rester là à regarder la lumière courir sur la pierre et les gens; comme s'il nous était nécessaire de nous perdre, d'aller au bout; comme si regarder nous permettait, si ce n'est de mieux comprendre, au moins de mieux sentir le monde qui nous entoure ... en espérant que de cette errance il en reste quelques images.

Il en reste souvent peu. Sur 22000 clichés Robert Franck en retient 83 pour son livre "les américains". Et ce n'est pas parce que les 19917 autres sont mauvaises ...

L'Amérique aura du mal à se remettre de ce portrait d'elle. Il est tellement loin du rêve américain.
Cette photo est un concentré de l’Amérique des années 50. Un monde étriqué à la morale blanche bien pensante qui se place évidemment à l’avant du bus et qui ne sent pas qu’à l’arrière la vie cherche tous les chemins pour s’exprimer.
Les photos s’interpellent, se répondent et tout prend sens. J’ai en tête cette célèbre image d’une voiture sous une bâche entre deux palmiers. Quel choc quand notre cerveau y repense en voyant la photo suivante du livre.
La photographie est un langage a part entière et les photos n’ont pas besoin de mots.

Les noirs des photographies de Franck m’ont toujours parlé, j’aimais m’y perdre. J’ai toujours compris ce langage au point de devoir lutter lors de mes premiers tirages pour ne pas systématiquement tenter de les reproduire.

Venez feuilleter les pages de mon livre.

vendredi 17 juillet 2009

Dorothea Lange : "Migrant Mother"

Le net est soit-disant un endroit où on peut tout dire! mais quand même ! Personne n'est venu me demander pourquoi je disais que la photo de Capa était fausse !

Il y a bien eu une polémique pendant des années sur cette photo mythique. Mais tout le monde s'accorde pour dire qu'au regard du travail global de Capa cette photo est vraie. Et franchement vous pensez qu'un milicien espagnol aurait accepté d'être photographié en train de se prendre une balle ?

D'un autre côté qu'est ce qu'une vraie photo si même une photo de reportage peut provoquer une polémique? A partir de quand doit on considérer qu'une photo est fausse? Avec le numérique cette question devient dérisoire tellement le bidouillage est facile et non décelable. Dérisoire peut-être mais nous serons encore longtemps nombreux à avoir le doute face à certaines images.

Dorothea Lange a transgressé les règles qu'elle s'était fixées pour terminer cette autre photo mythique "Migrant Mother". Lorsque vous vous êtes promis de ne pas retoucher les photos, qu'est ce qui vous pousse à effacer un pouce? Comment ça quel pouce? regardez bien en bas à droite on voit encore la trace sur le bout de bois ...

A chaque photo Lange s'approche de plus en plus de cette femme pour en faire en 5 clichés une icône, une "vierge à l'enfant", la "dignité incarnée de la femme face à la misère". Les photos de la Farm Security Administration (FSA) auront peut-être permis aux migrants de recevoir des vivre. Elles auront en tout cas servis l'administration Roosevelt, le public voyant par l'image la nécessité de son programme d'aide.
Le gouvernement aura beaucoup moins de scrupule à censurer d'autres photos de Lange. En 1942 elle pointe son appareil en direction des 120000 personnes d'origine japonais que le gouvernement enferme dans des camps après l'attaque de Pearl Harbort. Evidemment ces photos dérangeront ...

vendredi 10 juillet 2009

Eugene Smith : Monk

Pour ceux qui adore la photographie et le jazz, ce qu'a vécu Eugene Smith relève du rêve : vivre dans l'immeuble où répète Thelonious Monk !

Cette photo date de 1959; Monk et ses musiciens répétaient ce soir là chez lui. Pas étonnant qu'il ai fait des milliers de photos par sa fenêtre (je vous en montrerai peut-être une un jour). La réalité n'est peut-être pas aussi rose car cette période fut, selon les propres mots de Smith , la pire de sa vie.

Henri Cartier Bresson raconte qu'après avoir assisté à une conférence de Smith dans une école de photographie les étudiants étaient mécontents car il n'avait parlé que de musique et pas de photographie.
"Ce qui est valable pour l'un et valable pour l'autre" leur a t'il répondu.

jeudi 2 juillet 2009

Capa : milicien espagnol

L'histoire nous a appris que le fascisme n'arrivait pas forcément par les partis ou groupuscules d'extrême droite. Mais tout de même, voir le FN à 40% aux municipales d'Henin laisse un goût amer.


Cette photo du milicien espagnol abattu est un faux, cependant il est impossible de nié l'antifascisme de Capa.

Le bruit des bottes de la milice d'extrême droite "la guarda" recommence à résonner sur le sol de sa Hongrie natale. Je suis certain que cela lui donnerait de nouveau l'envie de partir faire des photos contre la bête immonde qui partout en Europe se réveille.

mercredi 24 juin 2009

Andre Kertesz

Le choc auquel nous invite Magritte dans "la durée poignardée" nous interroge sur l'acte de peindre, l'inspiration qui, si elle fournit le sujet, n'a jamais servit à rien pour écrire, peindre (ou prendre une photograhie?).
Le surréalisme s'appuie souvent sur une idée toute simple : la rencontre de deux objets apparemment sans rapport nous montre la poésie du monde...

Je suis certain que le personnage au premier plan de cette photographie de Kertesz emporte dans ses bras ce tableau de Magritte. En tout cas à chaque fois que je vois cette photo j'y pense. Il me plait d'imaginer que ce train, symbole d'une société du progrès technique, en mouvement au dessus d'une autre partie de la société bientôt oubliée, sortira d'une cheminée pour devenir le véhicule de la mort (n'hésitez pas à passer la souris sur la photo)

mercredi 17 juin 2009

Henri Cartier Bresson

Cette photographie de Cartier Bresson a fait plusieurs fois le tour du monde.

Je ne vais pas vous faire une analyse d’image. Je ne vous parlerais pas de cette grille de prison dans un univers lugubre. Je ne vous parlerais pas non plus de la silhouette du fond, des ronds dans l’eau, du jeu des doubles, de cet instant décisif ou de la danseuse. Ho ! Si ! La danseuse, combien sommes nous réellement à l’avoir vu tout de suite? Son saut répond exactement à celui de l’homme à tel point que je finis par me demander qui imite qui ?
Combien de fois ai-je regardé cette échelle qui permets au passant de s’envoler faire des ronds dans le ciel et qui le propulse hors du cadre, hors champ.
Cette danseuse sur un mur et cette échelle dans l’eau sont devenus des éléments poétiques dont très longtemps je n’ai pu me passer.

Regarder le monde, l’enfermer dans un cadre, laisser la poésie s’y insinuer et, enfin, s’en échapper. Cela semble si simple …

mardi 16 juin 2009

Mon Livre

L'idée de ces posts qui seront regroupés sous le libellé "Mon Livre" est très simple : j'adore certaines photos et j'ai envie de vous les montrer.

J'ai toujours eu envie de posséder un seul livre, beau, grand, avec de sublimes tirages, dans lequel je retrouverais toutes les photos que j'admire.

J'ai donc décidé de le construire

Gardons le contact ...